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Le mauvais côté du miroir

Mia Wasikowska. Walt Disney Studios Motion Pictures France

Amateurs de mare de larmes, de non-anniversaire, de roses blanches peintes en rouge, de morse, de charpentier et autres hallucinations carrolliennes, passez votre chemin. Bienvenue dans le monde aseptisée de Tim Burton, aussi dégoulinant qu'un navet hollywooodien et (presque) aussi chiant que les premiers Harry Potter.

De la part du créateur d'Edwards aux mains d'argent, des deux Batman, d'Ed Wood et de Mars Attack, on aurait pu s'attendre à une relecture assez allumée et créative du conte de Lewis Carroll pour en devenir une référence, après le génial dessin animée de Disney. Et pourtant, on en est loin. Très loin. Après une ouverture très conventionnelle à la Ivory dont on se dit qu'elle n'en contrastera que plus avec le "pays des merveilles", on tombe dans un amas de vulgarités esthétiques et de maladresses scénaristiques. Fini le chapelier fou tartinant son réveil avec du beurre et de la confiture, Burton ne fait aucune confiance à Lewis Carrol, et c'est là son problème : en choisissant de faire revenir Alice 10 ans après son premier voyage à Wonderland, il est obligé d'abandonner la folie inhérente à l'oeuvre originale, en structurant son film, en l'organisant, là où il aurait fallu lui laisser une totale liberté, anarchique et créative. Le résultat est une espèce de mauvais jeu vidéo, où l'on passe d'un monde à l'autre, et où on se retrouve plongé dans des histoires de prophétie incomplète, d'épée de Gryffondor et de bataille sur la Terre du Milieu contre les forces du Mal. La petite blonde aux yeux bleus, noeud dans les cheveux et sandalettes, se transforme en Jeanne d'Arc salvatrice avec armure, épée et bouclier, chargée de tuer le monstre pour accomplir son destin.

Mais le plus triste dans cette histoire est que l'alternative Tim Burton, qui représentait jusque là un modèle différent du reste de la production hollywoodienne sans charme ni grâce, n'est plus. Sans même évoquer la très mauvaise utilisation de la 3D, c'est toute la créativité des Batman, la féérie de Charlie et la chocolaterie,  le fantastique des Noces Funèbres, qui a disparu pour laisser place à un monde entre Narnia, Le Retour du Roi et la Chambre des Secrets. Dommage.

 
Alice au Pays des Merveilles - ma note pour ce film :
Réalisé par Tim Burton
Avec Johnny Depp, Mia Wasikowska, Michael Sheen, ...
Année de production : 2009
Les liaisons dangereuses

Romain Duris et Vanessa Paradis. Universal Pictures International France

Soyons clairs, les 8 euros vous passent malgré tout en travers de la gorge. A ce prix là, vous avez le coeur qui bat, les yeux qui clignotent en pensant aux paquets de Granola qui vous passent sous le nez pendant que Vanessa Paradis est en train de Dirty Danser avec Romain Duris. Sans être franchement la comédie de l'année, L'arnacoeur a au moins le mérite de s'élever un tout petit peu au niveau de la production francaise moyenne, notamment grâce à des dialogues percutants et, surtout, à deux duos d'acteurs particulièrement en forme, Romain Duris/Vanessa Paradis et Julie Ferrier/Francois Damiens, lequel fait des étincelles à chaque fois qu'il ouvre la bouche. Certaines scènes valent particulièrement le détour, mais le reste ne vole pas franchement haut et tombe dans les clichés de la comédie américaine insipide. A voir bien accompagné si possible, on se sent moins seul.

 
L'Arnacoeur - ma note pour ce film :
Réalisé par Pascal Chaumeil
Avec Romain Duris, Vanessa Paradis
Année de production : 2010
The man who knew too much

Ewan McGregor. Pathé Distribution

Au delà des polémiques américano-hélvétiques ridicules, des prises de position-dont on se serait bien passé-de Danièle Thompson et d'Alain Finkielkraut, Roman Polanski, avec The Ghost-Writer, remet au centre du débat la seule chose qui, au fond, mérite de l'être : le cinéma. Car du premier plan du film (le même que dans Scorsese, un ferry avancant dans la brume) à sa fermeture superbe, c'est une véritable leçon de cinéma, tant sur le fond que la forme,  que le réalisateur de Répulsions nous donne.

Comme pour ses précédents films, et particulièrement Chinatown, c'est un thriller noir, parano et inquiet que Polanski nous offre içi. Avec une touche hitchokienne marquée, puisque, comme un James Stewart ou Cary Grant, Ewan Mac Gregor, aux airs de j'ai rien demandé à personne, se retrouve enfoncé dans une spirale infernale dont il ne pourra pas s'échapper. Chargé de la rédaction des Mémoires d'un ancien premier ministre britannique, incarné avec toute l'hypocrisie nécéssaire par Pierce Brosnan, il va peu à peu découvrir des secrets compromettants, et se trouver traqué par des ennemis aussi anonymes qu'inquiétants. Dans cet île au large de Boston, le "Ghost-Writer" se retrouve enfermé peu à  peu dans un labyrinthe où il semble avancer sans le vouloir, comme avec ce GPS qui lui trace automatiquement sa route.

En plus de réussir à créer une athosphère moite et claustro qui s'installe progressivement pendant tout le film, particulièrement avec la villa chic et sinistre du premier ministre, Polanski nous prouve encore une fois qu'il est un remarquable technicien du cinéma,  avec, en apogée, ce plan séquence sur une feuille de papier passant de main en main pour apporter son dénouement au film. Remarquable.

 
The Ghost Writer - ma note pour ce film :
Réalisé par Roman Polanski
Avec Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Kim Cattrall, ...
Année de production : 2010
Tarte à la crême

Penélope Cruz. SND

Le critique est avant tout un humain. C'est précisément en dépassant ce statut d'humain qu'il devient ce qu'il est, critique. Autant vous dire qu'en voyant Nine, c'est l'éternel dilemme : dire ce qu'on pense ou dire ce qu'on aime, laisser agir sa tête ou faire parler son coeur.

Et bien, devant Pénélope Cruz en combinaison rose enroulée autour d'une corde, Marion Cotillard en porte-jaretelle, Kate Hudson en cuissardes blanches, Nicole Kidman et son chapeau noir, je m'incline, j'aime. On épargnera au lecteur l'analyse de mise en scène, de photo, de montage, de réalisation, d'éclairage, de scénario ; et on l'invitera à se concentrer sur les beaux yeux de Pénélope (voir photo ci-dessus), Marion, Nicole, Sofia et les autres.

Soyons honnête, Nine est une véritable pièce montée, frisant la vulgarité et la lourdeur par excès de paillettes. Mais, encore une fois soyons honnête, un peu de décadence ne fait jamais de mal.

 
Nine - ma note pour ce film :
Réalisé par Rob Marshall
Avec Daniel Day-Lewis, Marion Cotillard, Penélope Cruz, ...
Année de production : 2009
It's gonna be fine

Michael Stuhlbarg et Fred Melamed. StudioCanal

On aurait pu dors et déjà leur décerner sans se tromper l'oscar de la meilleure bande-annonce, brisant tous les codes de narration classiques et véritable perle rare de drôlerie. Pour une fois d'ailleurs, la BA tient ses promesses : A Serious Man est, à coup sûr, l'une des plus grandes réussites des frères Cohen depuis quelques années. Là où Burn After Reading, malgré quelques trouvailles hilarantes, s'enfonçait dans un trop plein de connerie trop lourd pour être vraiment digeste, le petit dernier de Joel et Ethan atteint des sommets en matière d'humour noir, d'absurde, mais aussi de mise en scène.

Le "serious man" en question, c'est ce prof de maths, Larry Gopnik, dont les points de repères religieux, professionnels et familiaux solidement et sérieusement ancrés vont être entièrement remis en cause par une incompréhensible vague d'absurde sans aucune cohérence, ni logique, ni sens. C'est là où le nouveau Cohen frappe fort : derrière ses apparences de comédie noire, le film est également une véritable fable, dans la lignée de Beckett et Camus, sur la religion, les responsabilités, et l'homme qui doit tout assumer. "Accept the mystery", conseille-t-on à Larry. Mais comment l'accepter quand on ne le comprend même pas, et quand rien, et surtout pas la Torah, ne peut nous aider à le déchiffrer ? Sans pour autant entrer dans un dénouement trop brutal, les frères Cohen ont la subtilité de nous laisser imaginer ce qu'il peut arriver au personnage, et termine leur film sur une note d'un fort pessimisme, très noir et presque sans espoir.

"Why so serious ?"...

 
A Serious Man - ma note pour ce film :
Réalisé par Joel Coen, Ethan Coen
Avec Michael Stuhlbarg, Sari Lennick, Richard Kind, ...
Année de production : 2009
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